À l’heure où la digitalisation du transport routier s’accélère, la lettre de voiture électronique (eCMR) s’impose progressivement comme un standard incontournable pour les entreprises du secteur. Portée par la réglementation européenne eFTI, cette transformation ne concerne plus seulement les grands groupes : elle impacte désormais directement les TPE et PME du transport, leurs exploitants et leurs conducteurs.
Mais concrètement, qu’est-ce que la eCMR change au quotidien ? Quels gains réels en attendre en termes de productivité, de traçabilité ou de facturation ? Et surtout, comment réussir son passage au digital sans complexifier ses opérations ?
Dans cette interview exclusive, Anthony Rizzarello, chef de projet fonctionnel chez B2P, partage une vision terrain des enjeux de la eCMR et décrypte les évolutions à venir du transport routier. Entre cadre réglementaire, retour d’expérience et bonnes pratiques, découvrez pourquoi la digitalisation des documents de transport est devenue un levier stratégique pour rester compétitif.
Présentation et missions dans la digitalisation du transport routier
Bonjour Anthony, peux-tu te présenter en quelques mots et nous expliquer ton rôle ainsi que tes missions chez B2P ?
Anthony : Bonjour, je suis chef de projet fonctionnel et en charge de missions transverses chez B2P. Ma vision macro intégrant des aspects techniques et mon expérience dans le milieu du transport routier (exploitation, gestion des conducteurs, gestion des véhicules, mise en place de process au niveau national ou encore la mise en place d’un système d’information dans des grandes entreprises) me permettent de comprendre les contraintes et les besoins des clients, des services techniques en interne ou des partenaires éditeurs de logiciel.
Chez B2P, mes missions sont axées sur de l’avant-vente et sur la gestion de grands projets clients. J’assure également une part de veille technologique et législative. Cela m’amène à réaliser des études sur des sujets très diversifiés comme les économies d’émission de CO2 générées par B2P Optim et la Fondation Solar Impulse, ou sur des sujets comme la CSRD, la facturation électronique et bien évidemment l’actualité de l’eFTI.
Rôle de B2P dans les groupes de travail eFTI et la standardisation européenne
Peux-tu nous expliquer le rôle de B2P dans les groupes de travail eFTI, la réglementation transport européenne et la standardisation des documents de transport électroniques ?
Anthony : Oui, nous participons à des groupes de travail au sujet de l’eFTI. Ces groupes de travail consistent à mettre en place les « fondations » de l’eFTI pour permettre aux États d’accepter la eCMR. Cette mise en place permettra aux transporteurs d’utiliser la eCMR dans tous les États de l’Union Européenne voir plus (eFTI4All). Cela passe par le format de fichier qui est à échanger avec les « gates », le canal de communication par lequel on va transmettre ces fichiers, quel type de données sont à transmettre. On suit l’avancement des différents groupes également et on observe d’une manière plus éloignée le processus de certification des plateformes qui seront agréées dans le cadre de la mise en place de cette nouvelle norme.
On travaille également avec le ministère des Transports, les associations de transporteurs, les chargeurs, certains clients, IN Groupe (qui émet les cartes numériques) et sur la possibilité de rendre interopérable les différents systèmes d’eCMR.
Définition de la eCMR (lettre de voiture électronique)
Concrètement, qu’est-ce qu’une eCMR (lettre de voiture électronique) et quelles sont les différences avec une CMR papier dans le transport routier ?
Anthony : Alors déjà une CMR, c’est l’image du contrat de transport. Et donc la eCMR, c’est exactement la même chose. C’est l’image du contrat de transport mais en version digitalisée.
La seule différence, et ce sont des avantages, c’est qu’elle est plus accessible, elle est plus lisible. Elle fait gagner du temps sur le terrain car tous les éléments sont déjà pré-saisis. Le conducteur n’a pas à aller ressaisir les quantités ou à saisir l’adresse d’expédition ou de destination, tout est déjà rentré. Cela fait gagner du temps au conducteur, ça fait gagner du temps aux personnes qui sont au chargement et à la livraison.
Aujourd’hui la eCMR on la partage en temps réel avec l’expéditeur, le destinataire, le donneur d’ordre. Le conducteur a un exemplaire sur son smartphone qu’il peut présenter aux autorités. Donc de la même manière, ça n’a que des avantages puisque ce partage est effectué en temps réel, chaque partie prenante a l’information au moment où elle est générée.

Aujourd’hui, nos clients nous disent que les lettres de voiture papier, les CMR papier sont souvent perdues, stockées dans des endroits inaccessibles et les recherches sont fastidieuses. Il y a même des fois où ils ne les recherchent pas.
Avec la eCMR l’information est directement disponible sur le portail. On filtre sur des dates, sur des villes, sur des donneurs d’ordre, des lieux d’expédition et on va retrouver sa lettre de voiture générée électroniquement. C’est un gain de temps pour tout le monde.
Développement de la eCMR et impact de la réglementation eFTI
Pourquoi parle-t-on de plus en plus de eCMR dans le transport routier européen et quel est l’impact de la réglementation eFTI sur la digitalisation du transport ?
Anthony : Avec l’EFTI, la réglementation européenne promeut la digitalisation des opérations de transport. Cela encourage le passage à la eCMR car auparavant on pouvait avoir des points de blocage. Certains États n’allaient pas ratifier le protocole eCMR et donc n’autorisaient pas l’utilisation de ce document digitalisé sur leur territoire. Avec la mise en application de l’eFTI, ce n’est plus le cas.
D’autre part, elle génère d’importants gains de productivité. On a vu précédemment qu’elle faisait gagner du temps administratif. Certaines études scandinaves montrent que l’on gagne environ 60 % de temps administratif grâce à la eCMR. Donc, sans forcément aller jusqu’à là, c’est certain que la digitalisation de ce document va apporter des gains de productivité aux entreprises et c’est ce que promeut l’Europe.
On a également un marché plus mature avec la facturation électronique. Les différents opérateurs commencent à adopter la digitalisation de leur processus papier, à informatiser leurs activités. Aujourd’hui, les transporteurs sont prêts à accompagner leurs clients dans cette démarche. C’est un mouvement d’ensemble qui est en train de se passer. Ça ne peut pas être la volonté uniquement d’un seul secteur. L’ensemble des opérateurs doivent promouvoir la digitalisation et le progrès par exemple en acceptant les documents digitaux dans leur organisation, les ventes, les administrations, la facturation, la comptabilité etc.
En terme de RSE, et des freins à l’embauche, le fait de passer du temps à écrire les mêmes informations et le temps passé à faire de l’administratif pour les conducteurs pouvait être rédhibitoire. Aujourd’hui avec les nouvelles technologies, on réduit ce temps administratif et ce temps de répétition de tâches et de saisie. C’est du bénéfice pour les utilisateurs et en général pour le secteur du transport.
Freins à l’adoption de la eCMR dans le transport
Quels sont aujourd’hui les principaux freins à l’adoption de la eCMR, notamment sur la digitalisation du transport routier et la traçabilité logistique ?
Anthony : Au niveau des freins, on entend souvent les mêmes retours et objections :
- « Mes conducteurs ne sont pas équipés de téléphone portable par exemple. »
- « La signature sur un smartphone, est-ce qu’elle est légale ? »
- « On n’a pas le coup de tampon »
C’est compréhensible car contrairement à la gestion des protocoles de sécurité, il n’y a pas de jurisprudence au niveau de la eCMR. Beaucoup d’opérateurs se posent des questions.
Des expéditeurs, des destinataires refusent quelquefois de signer la eCMR parce qu’ils veulent du papier ou un coup de tampon sur la eCMR. Ils oublient simplement que la signature électronique est géolocalisée. On sait donc à quel endroit exact elle est signée, alors qu’il est possible de falsifier les tampons des entreprises.
Nous avons questionné sur ces différents points les représentants de l’Union européenne lors d’un groupe de travail pour savoir s’il était prévu d’obliger les différents opérateurs à accepter la eCMR dans un objectif de fluidification des processus. Pour l’instant l’Union européenne veut procéder en douceur et ne veut pas voter des lois qui contraindraient les opérateurs à accepter la eCMR. Ils veulent accompagner la digitalisation du secteur de manière progressive
Légalité de la eCMR en Europe et contrôles routiers
La eCMR est-elle légale en Europe lors des contrôles routiers et dans quels pays la eCMR est autorisée ?
Anthony : Oui, la eCMR elle est légale dans plus d’une trentaine de pays dans et hors de l’Union européenne. Les pays dans lesquels la eCMR est légale sans restriction sont facilement disponibles sur le site de l’ONU. À partir du moment où la eCMR respectent les conditions de ce traité, la eCMR est légale dans ces pays.
Attention quand même à la Belgique puisque seulement quelques fournisseurs qui participent à un pilote depuis 2019 peuvent émettre des eCMR. À partir de juillet 2027 les eCMR qui proviennent d’une plateforme certifiée seront légales dans tous les pays ayant ratifié le protocole, y compris la Belgique.
Impact de la eCMR sur la facturation transport
En quoi la eCMR permet-elle d’accélérer la facturation transport et d’améliorer les processus administratifs et la gestion documentaire ?
Anthony : La eCMR accélère réellement la facturation parce que toutes les parties prenantes ont les informations au même moment. Le donneur d’ordre, l’expéditeur, le destinataire, le transporteur. Tous ces gens-là ont le document de manière instantanée et au même moment. Les délais passent alors de plusieurs jours à 24H pour émettre la facture.
Je fais un petit peu le parallèle entre le chronotachygraphe analogique et le chronotachygraphe numérique. Avant le passage au chrono numérique, les exploitations devaient réclamer les disques aux conducteurs, se les faire envoyer par la poste, pointer et scanner les disques. Cela représentait un temps de travail administratif considérable. Au moment où tout le monde est passé au numérique, la tâche relevait du contrôle plus que de l’administratif. Quand le chronotachygraphe est devenu numérique il n’y avait plus de travail administratif uniquement du travail de contrôle de la donnée.
eCMR comme critère de sélection pour les grands comptes
La eCMR est-elle devenue un critère de sélection pour les transporteurs dans les appels d’offres et un levier de performance logistique ?
Anthony : Oui, bien sûr. Certains donneurs d’ordre sont moteurs sur le dossier. Certains sont même prêts à faire évoluer leur propre processus afin de digitaliser leur eCMR. Ils demandent à ce que leurs partenaires soient dans le même état d’esprit et leur fournissent des eCMR.
Si seulement 60 % des eCMR de ces donneurs d’ordre sont digitalisées, alors le gain escompté n’est pas celui attendu. Ils sont les premiers promoteurs de la digitalisation et ils vont jusqu’à encourager leurs propres clients à passer à la eCMR.
Adoption mobile de la eCMR et formation des conducteurs
Comment favoriser l’adoption de la eCMR mobile par les conducteurs et améliorer la traçabilité terrain des opérations de transport ?
Anthony : Aujourd’hui, nous avons de très bons retours au niveau des conducteurs par rapport à l’utilisation de notre application mobile Drivers by B2P. Nous nous servons de l’ensemble de ces retours pour améliorer continuellement le service avec nos équipes qui développent en interne l’application.
En terme d’accompagnement, c’est important que les conducteurs aient un support. Nos personnes sur le terrain forment des référents qui vont accompagner les conducteurs au quotidien dans l’utilisation de l’application mobile et on sait que ça fait la différence en terme d’adoption par les conducteurs.
Différences entre GedMouv et les solutions eCMR du marché
Qu’est-ce qui différencie Gedmouv comme solution eCMR en termes de traçabilité transport, d’interopérabilité des systèmes et d’accompagnement terrain ?
Anthony : L’approche Gedmouv et sa solution de eCMR se différencient grâce à notre expertise acquise depuis plus de 20 ans dans l’édition de logiciel transport et surtout par notre accompagnement terrain. Nous avons déjà des équipes sur le terrain qui sont présentes chez les transporteurs pour nos autres solutions comme B2pweb la bourse de fret bien entendu, eProtocole, Gedtrans, Le transport recrute. Nous formons et accompagnons les transporteurs au quotidien sur tous ces usages et nous sommes disponibles pour les accompagner sur le sujet de l’eCMR.
Nos équipes sont là pour aider les entreprises à digitaliser leur process et adopter la eCMR avec plus de sérénité. Elles peuvent établir une analyse des besoins et du périmètre d’action pour une transition facile. Il ne faut pas hésiter à les contacter pour établir gratuitement un diagnostic eCMR.
Nous pouvons également venir connecter en API via un TMS ou en EDI les transporteurs avec leur donneur d’ordre. Dans un processus idéal, la commande peut être créée par le donneur d’ordre et descendre jusqu’au conducteur. Enfin, le conducteur traite la commande, fait signer la eCMR et remonte ainsi la donnée jusqu’au donneur d’ordre et tout ceci de manière très fluide.
Enfin, une de nos forces, c’est le développement de toutes nos solutions en interne en France, par nos équipes qui sont basées en Provence.
